Les grands singes sont devenus récemment les premiers animaux à obtenir des droits similaires à ceux des humains, hormis ceux qui lui seraient impropres comme le droit de vote.
Le parlement espagnol a en effet voté une résolution en ce sens, applaudie par certains, décriées par d'autres, mais qui passera pour une révolution si elle devient loi l'an prochain : en effet, ce sera la deuxième fois, après la Nouvelle-Zélande en 1999, que des êtres non-humains se voient reconnaître des droits fondamentaux : à la dignité, au respect, à la vie. Des droits propres à leur statut.
La résolution a été adoptée au parlement espagnol avec l’appui de tous les partis. Elle en appelle à assurer la protection des grands singes contre " les abus, la torture et la mort ". Plus spécifiquement, une loi rendra illégales des expériences médicales "douloureuses" sur les singes —quelque chose qui n’existe de toutes façons pas en Espagne— ainsi que l’utilisation de ces animaux dans des publicités télévisées ou des cirques. Les garder dans des zoos sera autorisé, mais les conditions de vie des 350 chimpanzés « locataires » de zoos en Espagne devront être améliorées.
Boîte de Pandore ou heureux progrès ?
Les réactions, heureuses, des défenseurs des droits des animaux, ne se sont pas faites attendre : "Un moment clef dans la défense de nos camarades de l'évolution" a dit au Times Pedro Pozas, directeur espagnol du projet Grand Singe.
De son côté, Peter Singer, professeur de bioéthique à l'université de Princeton, fondateur du mouvement de libération animale et du "Projet Grand Singe", a jugé ce vote "d'une importance historique mondiale".
D'autres bien sûr sont perplexes : interdire la violence sur les grands singes, soit. Mais alors, pourquoi ne pas aller plus loin et interdire la mort brutale des animaux dans les fermes d'élevage, les corridas, sport si cher aux Espagnols ? "Votre poisson rouge vous poursuivra t-il si vous n'avez pas changé son eau ?", s'interroge sarcastiquement l'éditorialiste du New York Times.
Ce dernier dresse néanmoins un tableau réaliste de la situation : défenseurs des droits des animaux, comme détracteurs, tombent souvent dans l'extrémisme. "Mais otez aux défenseurs des animaux leurs excès souvent comiques, parfois dangereux, et leur combat est loin d'être idiot ".
=> Lire l'édito du New York Times (en anglais).
Ce progrès accordé aux grands singes, pourrait même servir la cause des humains. En effet, partant du principe que nos cousins biologiques connaissent la douleur, la souffrance, on interdit toute expérience ou traitement cruel sur leur "personne". Or, comme le souligne le NY Times, la loi américaine se fait de plus en plus cruelle envers les condamnés à mort : la Cour Suprême n'oblige plus les Etats qui pratiquent la peine de mort, à administrer des doses mortelles aux condamnés, de façon à leur éviter une longue agonie.
Si l'on accorde aux grands singes un traitement "humain", il semblerait difficile de nier le même droit à leurs cousins humains.
Qu'est ce que le projet "Grand Singe" ?
Fondé par Peter Singer (professeur de bioéthique à l'université de Princeton, fondateur du mouvement de la libération animale) et Paola Cavalieri (chercheuse) en 1993, le "Projet Grand Singe" est une déclaration sur les grands singes anthropoïdes, qui revendique en leur nom le droit à la vie, la protection de la liberté individuelle et la prohibition de la torture.
La Nouvelle-Zélande fut le premier pays à l'adopter en 1999. L'Espagne prend donc le même chemin, avec la résolution qui fut votée en juillet.
Pour aller plus loin
Institut Jane Goodall France
Les grands singes
GRASP : projet de l'ONU pour la protection des grands singes.
Emmanuelle Carre / ® Photos D.R