Dans l'église épiscopale St. Francis de Stamford, dans le Connecticut, aboiements et miaulements se mèlent aux murmures des prières durant l'Eucharistie, pendant laquelle les fidèles reçoivent la communion, et les animaux une bénédiction.
Pour le révérend Mark Lingle, cet office d'une demi-heure sert à souligner la relation particulière des fidèles avec leur animal : "Dans notre église, nous accueillons des gens qui sont célibataires, ou qui ont perdu un être cher. Leur animal de compagnie est souvent leur unique relation", explique t-il.
Cet office particulier n'est pas un cas isolé, mais bien une partie d'un mouvement grandissant dans les lieux de culte, qui non seulement reconnaissent le lien humain-animal, mais offrent même aux maîtres assistance et services pour leurs animaux. Une activité inconcevable il y a encore une dizaine d'années.
En plus des bénédictions spéciales ou des offices ordinaires, les lieux de culte assurent un service funéraire pour animaux, et consolent les propriétaires ayant perdu leur compagnon.
Faire face à la mort
Le rabbin Neil Comess-Daniels, de Beth Shir Sholom, une synagogue progressiste de Santa Monica (Californie), explique que lorsqu'un animal meurt, son maître ressent la même souffrance que pour la perte d'un humain. Pendant des années, il a rendu visite et consolé des membres de sa congrégation qui perdaient leur animal. Et durant ses offices, il n'oublie pas dans ses prières les membres de la communauté qui font le deuil d'un être cher, animal ou humain. Sa synagogue a même mis en place une "Bark Mitzvah" ("Bark" signifie "aboyer" en anglais, jeu de mot sur Bar-Mitzvah, ndlr).
Rob Gierka fait partie d'une nouvelle génération de chapelains. Initialement formé pour officier dans les hôpitaux, il s'est plutôt chargé de consoler les âmes en peine lorsqu'un animal est malade ou mourrant. Elevé dans une maison toujours pleines d'animaux, il raconte avoir beaucoup souffert à chaque "départ", sans que personne ne comprenne jamais ses sentiments. Une fois devenu chapelain, il a voulu créer un petit centre où chacun peut venir faire son deuil, ce qu'il n'avait pas étant enfant.
Reconnaissance du lien humain-animal
Ces quelques exemples témoignent d'un grand changement dans les considérations que les religions pouvaient avoir envers les animaux. Des "cimetières" pour animaux fleurissent un peu partout aux Etats-Unis, sur le modèle du jardin de l'église épiscopale de St.Andrew, dans le New Jersey. Créé il y a 40 ans, c'est le seul cimetière pour animaux situé sur le terrain d'une église.
Autant de gestes et d'initiatives qui suivent la prise de conscience de nombreux leaders religieux, et qui ont une grande importance : en reconnaissant la puissance du lien animal-humain, l'intérêt pour lutter contre la cruauté, la négligence et l'exploitation des animaux prend de l'ampleur.
Prêtre anglican et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, Andrew Linzey rappelle qu'historiquement, la théologie chrétienne était contre les animaux, les considérant comme de simples morceaux de viande : "Nous exploitons d'autant plus les animaux que nous n'avons qu'une vision spirituellement très pauvre de leur statut", explique t-il.
"Un chrétien devrait considérer qu'un généreux créateur nous a donné la vie, et qu'à notre tour, à l'image de Dieu, nous devons être généreux envers les autres créatures".
Emmanuelle Carre (Source : Nat.Géo)